FCSF Fondation Cabo San Francisco

Réflexions d'une volontaire

Notes de terrain
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J'ai passé près d'un mois comme observateur volontaire pour la
Fundacion in Cabo San Francisco, en avril 2004. J'étudiais comment les
villageois utilisent les plantes locales dans la médecine
traditionnelle. Mon expérience a été en tous points valorisante, car
j'ai beaucoup appris, non seulement sur mon sujet d'étude, mais sur
tous les aspects de la vie à Cabo, et j'ai noué des liens avec les
villageois et le pays, liens que je n'oublierai jamais.

En arivant à Quito j'ai été accueillie à l'aéroport par le
directeur de la fondation, le Docteur Ricardo Torres, et j'ai décidé de
rester à Quito dans les bureaux de la fondation quelques jours avant de
me diriger vers la côte, afin de m'acclimater à la culture équatorienne
et à son contexte national. Finalement, un bus de nuit m'a conduite à
la petite ville côtièr de Muisne, où j'ai rencontré le Président du
conseil villageois (junta) : Enrique Cobeña. Il m'a fait faire une
petit trajet en bateau et une longue marche sur la plage, de la
péninsule de Cabo au village lui-même. Pendant mon séjour j'ai habité
dans la famille de Cobeña, qui m'a traitée avec la plus grande
hospitalité et générosité, comme l'a aussi fait tout le village.

Pour mon étude, j'ai interrogé les trois ou quatre sage-femmes
de Cabo, ainsi que plusieurs femmes âgées connues pour leur
connaissance des plantes médicinales. (Les conclusions de mon enquête
sont joints page suivante). J'ai toutefois rapidement réalisé que
chaque habitant du village était une espèce de source officieuse, parce
que les connaissances médicales traiditionnelles sont tellement
intégrées à la culture traditionnelle que les jeunes garçons et les
vieilles femmes partagent les valeurs communes concernant les plantes
médicinales. Ce qui m'a le plus frappée à été le très grand nombre
d'espèces ayant des utilisations curatives ou préventives, et le
respect familier qu'usaient les villageois pour parler de ces centaines
de montes (plantes). Cette étude m'a éclairée sur les significations
multiples de chaque petite fleur ou feuille de la forêt tropicale pour
les personnes qui vivent là.

Bien sûr, pour étendre le contexte de mon étude, il est
esentiel d'appréhender ce nouveau point de vue dans le contexte des
développements à Esmeraldas et les provinces voisines. Pendant une
expédition particulièrement mémorable d'un jour dans la forêt, sous la
conduite d'un vieil homme qui avait passé sa vie dans le Campo (forêt),
je me rappelle avoit entendu le ronronnement d'une scie mécanique
interrompant le silence paisible de notre environnement. Mon guide a
interrompu sa description détaillée d'une plante rare pour répondre à
ma question sur l'impact de l'industrie du bois dans la région. Il m'a
parlé entre autres de la déforestation dans les villages voisins, si
grave qu'elle chassait les habitants, et de la pollution de la rivière
par des grandes exploitations de crevettes. Ce qui m'a le plus choquée
venait de ma découverte récente de ce qu' “environnement” voulait dire
pour les habitants de Cabo : non un terme sentimental pour décrire une
nature vierge, mais un terme pour décrire les fruits et les poissons
qu'ils mangeaient, ce de quoi il vivaient. Le matériau pour construire
leur maison. Les sources de la médecine traditionnelle. Et tout un
univers de significations qui constituait la riche culture de Cabo.
Face à cela, les initiatives ininterrompues d'industries qui détruisent
l'environnement à grande échelle, faites par des sociétés extérieures,
me semblent avoir quelque chose à voir avec le meurtre.

Beaucoup de réalités villageoises dont je devenais
progressivement consciente m'attristaient ; notamment celles concernant
les systèmes standards d'éducation de l'école locale et l'absence
dramatique de soins médicaux. Les services publics de base manquent
cruellement à Cabo San Francisco, et c'est encore peu dire. Cela
désavantage gravement les villageois dans le contexte d'une économie
sauvagement compétitive que connaît l'Equateur moderne et tous les pays
en développement, et un problème crucial pour leur qualité de vie.

Mes inquiétudes ont encore augmenté en voyant la générosité de
tant de personnes vivant dans la pauvreté, leur extraordinaire énergie,
leur sens de la communauté et leur sincérité. La vie à Cabo, malgré ses
difficultés évidentes, est pleine de joie. Qu'il s'agisse de danser
dans le vacarme la Salsa de la discothèque locale le samedi soir, jouer
avec les enfants dans la marée basse, discuter avec mes hôtes et les
voisins pendant un orage tropical bienvenu ou récolter les zapotes
(fruits) dans la forêt avec les amis, je me suis beaucoup amusée. Et
cela n'aurait pas pu être sans la curiosité, l'ouverture d'esprit et la
vitalité des villageois.

Ainsi, mon départ de Cabo pour Quito via la ville voisine
d'Atacames a été à la fois amère et douce. J'ai apprécié les souvenirs
sans prix d'un pays incroyablement beau, fourni d'une nature très riche
et où les liens huamins sont très forts, mais j'ai également senti une
inquiétude pour le futur du village et de tous ceux qui y sont chez
eux. Mon espoir est qu'avec l'aide de la Fondation et des interventions
extérieures à plus long terme, les villageois pourront bénéficier de
nouvelles initiatives génératrices de revenus, d'un plus grand respect
des grandes entreprises qui pillent la forêt tropicale et
l'environnement, et de meilleurs services publics.

En conclusion, nous avons beaucoup à apprendre des villageois
de Cabo San Francisco, et peut-être plus que ce qu'ils ont à apprendre
de nous.

Priya Lal

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